L’ÉGO, 1-JE DE CONSTRUCTION OU DE DESTRUCTION ?

Publié par Marielle Frère le

L'égo, 1-Je de construction ou de destruction ?
L’égo, 1-JE de construction ou de destruction ? ( © istock/Gagus )

L’égo, de-ci, de-là, en veux tu, en voilà… Notre vie quotidienne est régie par notre égo. Les structures psychologique, morale et culturelle de notre société fonctionnent sur son principe. Il est un fait qu’elles le renforcent notamment à des fins économiques et politiques. Nous sommes solidement ancrés dans le siècle de l’hyper puissance de l’égo, principal moteur de notre société de consommation. La mondialisation, la suprématie des médias à pensée unique et l’importance des réseaux sociaux s’avèrent être de fabuleux combustibles pour l’égo.

De nos jours, nous sommes de plus en plus préoccupés par l’expansion de notre centre, le disque dur. L’accumulation du toujours plus d’expériences, de nouveautés, la possession compulsive de biens ne font que souligner la prédominance et le contrôle de l’égo dans notre quotidien. Même le développement personnel n’y échappe pas ! Nous désirons nous développer. Certes, mais sur quelles bases ? Quel est le motif derrière cette démarche qui est en soi un désir ? Est-il neutre ? Parce que tout mobile est une graine d’égo.

Cependant, je ne sais pas si tout le monde saisit bien ce qu’est l’égo, ce qu’il implique et quel est son impact dans notre vie quotidienne. Pourtant, la compréhension de son fonctionnement est fondamentale. Il en va de l’état de notre bien-être pour trouver la paix intérieure, de la pacification de nos relations mais aussi de la préservation de la nature. Et pour cela, il est nécessaire de s’en libérer ainsi que de ses conditionnements.

DÉFINITION GÉNÉRALE DE L’ÉGO

“Ego” signifie “moi” en grec et “je” en latin. Il signifie la conscience que l’on a de soi-même en tant qu’individu séparé des autres. L’égo nous renvoie l’image de soi par laquelle nous sommes confrontés aux autres.

Le processus de l’égo est donc la construction et la reconnaissance du “Moi”. Nous agissons à partir d’un centre : je veux, je dois, j’ai raison, j’ai envie, j’aime, j’ai peur… C’est une énergie mentale et émotionnelle.

Les pensées égocentriques naissent des “besoins” liés à notre vie quotidienne et à notre rôle au sein de la société. L’égo se construit et se structure sur ces fondements.

Pour faire simple, l’égo n’est pas la pleine conscience ni les connaissances.

LE FONCTIONNEMENT DE L’ÉGO

L’égo fonctionne de façon identique pour tout le monde. Il est la somme de plusieurs composantes qui se rencontrent pour un dialogue involontaire et incessant dans le cerveau. Il s’agit de :

  • la pensée,
  • la mémoire,
  • les émotions/sensations.

La pensée

L’égo comme principe de réflexion, pense et le cerveau réagit selon son conditionnement.

L’égo est donc le mouvement de la pensée, le fameux “Je pense, donc je suis” de René Descartes. Il est ainsi prédominant à tous les niveaux dans notre vie quotidienne. Tout mouvement du mental est une expérience qui renforce le “moi”. Mais la pensée est-elle réellement personnelle ? Pas totalement car elle est conditionnée par la société dans laquelle nous vivons et par nos expériences du passé.

La mémoire

La pensée ravive la mémoire. Si nous n’avions pas de mémoire, nous n’aurions pas de pensées. La pensée prend directement sa source dans la mémoire, qui est le fruit de l’expérience passée, des conditionnements, des influences et du savoir accumulés. Nous sommes donc en contact permanent avec les images du passé avec lesquelles nous répondons dans le présent et projetons dans le futur. La mémoire est la continuité de l’égo par le biais de l’accumulation de nos identifications.

Les émotions et les sensations

Mais l’égo est également lié aux réactions primitives instinctives et aux réactions émotionnelles qui sont elles-mêmes mémorisées sous forme de sentiments (cf. l’article “Y a-t-il un pilote dans le cerveau ?“)

Toutes les activités de l’égo sont fragmentées, isolées mais réunies dans un même processus. Les souvenirs sont classés puis stockés dans notre mémoire en fonction des sensations et des émotions agréables ou désagréables. L’égo va plutôt fuir les souvenirs douloureux et rechercher ceux liés aux plaisirs. Il se construit et se renforce en fonction du principe de plaisir et de douleur, à travers la mémoire.

Toutefois, il existe certains moments de l’existence où l’égo s’efface complètement, où le mental se vide de toute pensée sans qu’il y ait une volonté pour un résultat final. Il s’agit du temps de l’orgasme lors de rapports sexuels où la mémoire n’entre pas en compte.

SURVIE ET ÉVOLUTION, L’ÉGO DANS LES CLOUS

Nous pouvons reconnaître deux rôles majeurs où l’égo est à sa juste place. Il s’agit du principe vital et du principe d’apprentissage sans lesquels nous n’aurions sans doute pas pu nous rencontrer.

Le principe vital

Tout au long de son histoire, l’être humain a su faire face aux dangers qui le menaçait, lui qui paraissait si démuni par rapport aux autres êtres vivants. Parce qu’il avait peur, il a su trouver les moyens nécessaires pour survivre. Sans la peur, nous ne serions pas là. Et il en va de même aujourd’hui lorsque nous sommes confrontés à un danger physique. Par la réflexion, l’être humain a su trouver des parades, fabriquer des pièges, des outils, inventer la médecine et bien d’autres choses pour se sauver. Et notre part instinctive du cerveau a fait le reste, sans aucune réflexion.

L'égo, 1-Je de construction ou de destruction ?
Survie ( © istock/ipopba )

Néanmoins, il faut pouvoir nuancer la peur physiologique, lorsque nous nous sentons menacés face à un danger réel, et la peur psychologique qui n’a aucun fondement réel mais pour laquelle nous mobilisons tout notre mental et toute notre énergie. Nous pouvons citer par exemple la peur de l’échec (professionnel, sentimental, social, etc.), la peur de n’être rien, etc. Dans ce cas, l’égo devient envahissant, contrôlant et dominateur, hors des clous.

Le principe d’apprentissage

L’égo est fondamental dans l’intégration de tous les apprentissages. A chaque instant de notre vie, le cerveau enregistre chaque expérience. Cela nous évite de réapprendre à chaque fois, chaque jour. Ce savoir accumulé dans notre mémoire permet la maîtrise mais ouvre aussi du temps pour d’autres expériences. L’égo est un moteur d’évolution.

L’égo est excellent dans l’action. Nous sommes utiles et efficaces dans l’accomplissement de tâches bien précises dans le moment présent. Attentif à ce que nous faisons, nous apprenons et comprenons tout à la fois. L’égo est à sa juste place lorsqu’il est dirigé pour mener une action dans l’instant.

L’ÉGO DANS TOUS SES ÉTATS OBSESSIONNELS

La peur et le désir sont les deux mamelles de l’égo. Parce qu’il a toujours peur, le désir fonctionne sous le jeu des mobiles . Mais ceux-ci sont tous une fuite pour ne pas souffrir. Cela génère une profusion de besoins intenses pour trouver une satisfaction, une joie. La recherche de plaisirs, pour laquelle l’égo est constamment en activité, est principalement orientée sur des choses extérieures.

Parce que l’égo se sent seul, vulnérable et incertain dans un monde où les autres lui paraissent hostiles, le mental cultive la peur : douleur, échec, maladie, souffrance, solitude, l’image… Nous cherchons une sécurité permanente. Nous allons donc être en quête de contrôle, de pouvoir, de défense et d’attaque dans toutes les tâches de notre vie quotidienne.

Parce que l’égo n’est qu’une représentation de ce que nous sommes et non de ce que l’on est véritablement, il est toujours incertain, en manque, insatisfait et se sent vide. De ces sensations naissent l’incomplétude, la souffrance, la solitude, la peur de n’être rien, de l’anéantissement du “Moi”. Nous sommes donc animés compulsivement par un désir de s’identifier et de devenir. L’identification et la réalisation de soi sont une source de satisfaction. Ainsi nous sommes à la recherche du plaisir pour éluder toute souffrance liée à la peur.

Parce qu’ils sont compulsifs, les désirs de l’égo deviennent des besoins à assouvir à tout prix qui mobilisent toute notre énergie. Mais c’est une recherche sans fin, une quête insatiable jamais aboutie. Nos désirs sont avides et permanents mais les expériences sont impermanentes. Notre mental est en conflit, oscillant entre la peur et la course à l’expansion.

Du besoin d’identification : “qui se ressemble s’assemble”

Au quotidien : j’aime, je crois, j’ai raison, je suis d’accord, le mien, mon, comme moi…

L’identification donne un sentiment de bien-être et de pouvoir. Nous nous ne sentons plus seuls pour affronter le monde (points communs, comportements identiques, culture commune…). Le maintien à l’identification nous procure une stabilité, une sécurité psychologique, intellectuelle et affective. Nous nous y attachons car notre “moi” est renforcé. Nous avons l’impression d’être comblé et sécurisé.

Par ailleurs, nous avons tous été éduqués et conditionnés par la structure psychologique de la société à nous identifier à… On ne cesse de nous comparer aux autres. Nous avons donc besoin de reconnaissance. Nous nous identifions aux choses, aux biens, à notre apparence extérieure, à la famille, aux amis, au langage, à des valeurs, au statut social et professionnel, à des idéaux, des croyances, à une situation, etc. Ainsi, nous vivons exclusivement dans l’image dictée involontairement par les autres.

Mais en s’identifiant, nous divisons, comparons, catégorisons et jugeons. La différence nous inquiète. Nous sommes prêts à protéger et à défendre ce à quoi nous nous sommes identifiés jusqu’à verser dans des comportements agressifs et violents, sectaires et discriminatoires. Nous dressons des barrières et nous nous replions sur des croyances limitantes.

L’égo divise et fragmente pour semble-t-il avoir le sentiment de sécurité tant recherché dans l’identification. En dévalorisant l’autre, il comble son propre manque. Il a besoin d’avoir raison.

Pourtant, des opportunités s’offrent à nous sans que nous soyons capables de les saisir pour découvrir de nouvelles expériences, d’apprendre librement et de nous ouvrir sur de nouvelles richesses.

Du besoin de plaisirs illimités

Au quotidien : je veux, je dois, j’ai envie, je possède…

L’égo nous pousse à rechercher constamment le plaisir pour éviter à tout prix la souffrance. Il veut vivre en état de plaisir perpétuel. Nos jugements, nos comportements, nos actes, nos désirs sont fondés sur la valeur plaisir.

La pensée est incapable de renoncer à ce qu’elle a considéré comme précieux. Le souvenir du plaisir est trop fort et l’idée de ne pas la renouveler est douloureuse.

Nous sommes donc continuellement à la recherche d’expériences qui pourraient nous apporter de la satisfaction. Mais ces sensations ne durent pas et nous restons toujours dans un état de manque. Alors, la pensée entretient l’expérience. Elle ravive le souvenir du plaisir éprouvé, l’évoque en créant une image. Nous sommes donc poussés à prolonger, renouveler, à répéter ces sensations.

Nous cherchons constamment à nous approprier, à posséder tout ce dont nous avons envie. La possession nous donne une satisfaction temporaire mais engendre également la peur de tout perdre. L’avidité est une de nos pulsions les plus fortes mais elle génère la jalousie et l’envie.

Du besoin de devenir

Au quotidien : j’ai été, je suis, je serais, je devrais être…

L’égo n’est jamais satisfait de ce qu’il est. Ainsi il demeure dans un état de manque de devenir, de réussite et d’accomplissement de soi. Nous avons besoin de reconnaissance mais pas pour nous-mêmes, pour les autres, parce que nous nous sentons seuls et vides. En nous comparant, nous faisons naître un élan pour nous dépasser et une détermination à devenir. Cette volonté renforce le “je” et donne l’impression d’être supérieur ou plus important que les autres. Le devenir promet un sentiment de réussite qui est également un élément de satisfaction pour l’égo. Réussite qui est elle-même aléatoire et impermanente.

L'égo, 1-Je de construction ou de destruction ?
Chaos mental ( © istock/francescoch )

Mais ce désir nous plonge dans le chaos entre ce que j’ai été, ce que je suis et ce que je devrais être. C’est une lutte constante intérieure accompagnée d’un conflit dans le temps, entre le passé, le présent et un futur imaginaire. Il n’y a pas de transformation possible car nous agissons toujours sous le contrôle de l’égo sans être dans le moment présent.

LES EFFETS PERVERS DE L’ÉGO

L’égo, interprète du temps

Nous sommes la mémoire de nos expériences et nous nous définissons par rapport à notre passé. C’est notre identité. Sans lui, nous avons le sentiment de ne pas avoir existé. Nous sommes toujours en contact avec les souvenirs et nous les traînons comme des boulets dans le présent. Pourquoi des boulets ? Parce que nous sommes incapables de découvrir le présent sans raviver notre passé. Nous nous interdisons de vivre avec un œil neuf. Nous nous auto-sabotons en nous mettant des barrières. C’est la raison pour laquelle nous reproduisons bien souvent des schémas répétitifs et nous apportons des solutions périmées à des situations nouvelles.

Par ailleurs, l’égo aime s’appuyer sur le futur. Il anticipe pour assurer sa survie. Il se projette pour se donner satisfaction. Et il fixe des objectifs en attente d’un résultat précis dans un futur qui n’existe pas. L’égo nous fait croire que notre bonheur se situe dans l’avenir.

Mais il est rarement présent dans le présent. Le repli sur nos souvenirs, nos expériences passées et notre savoir accumulé nous empêche d’agir dans le présent avec des solutions inédites. Nous accueillons et regardons généralement le présent avec les yeux du passé, les yeux bandés.

L’égo, illusionniste du “moi”

L’égo donne l’illusion d’un “moi”, puissant et sûr de lui mais en réalité c’est un faux “moi”, faible et incertain. Sur un autre plan, l’égo fait d’une réaction personnelle un fait. Son jugement devient alors une réalité objective qui n’est pas la vérité. Il travestit tout en fonction de ses jugements et de ses identifications. Lorsqu’il devient envahissant et hyper contrôlant, l’égo est illégitime.

L’égo donne le sentiment de n’être jamais assez bien parce que c’est une identité secondaire qui donne une fausse illusion du “moi”. En cherchant compulsivement à s’identifier à l’apparence, aux possessions, aux personnes, aux concepts, etc., il se reconnaît dans des choses extérieures qui ne sont pas véritablement notre vraie nature. Nous nous faisons une image mentale de nous-mêmes, conditionnée par notre mémoire et le conditionnement sociétal et culturel. Mais l’image n’est pas la réalité intérieure.

Nous sommes des boulimiques d’identifications qui nous offrent une satisfaction mais de courte durée. Plus nous nous identifions, plus l’égo se renforce et se donne un sentiment de sécurité. Mais c’est un leurre. Tant que cette recherche sera pilotée par l’égo, le sentiment de vide perdurera. Parce que l’égo nous divise et nous isole. C’est un résultat non un état naturel.

Il ne connaît que la superficialité mais pas la profondeur de l’être. Notre valeur ne prend pas sa source dans tout ce qui vient de l’extérieur mais de l’intérieur. Mais tant que les identifications seront pilotées par l’égo, le sentiment de vide persistera.

” Qui regarde à l’extérieur, rêve.
Qui regarde à l’intérieur, s’éveille.”

Carl Gustav Jung

L’égo, despote et liberticide

Nous croyons être libre et avoir le libre-arbitre pour faire nos propres choix et décider de notre vie. Mais là aussi c’est une foutaise.

Sentiment du libre-choix, d’être unique ( © istock/francescoch )

Parce que nous n’arrivons pas à nous détacher du passé, nous sommes conditionnés par des croyances limitantes. L’égo nous détermine. Il cherche toujours à recréer ce qu’il connaît déjà, même si c’est souffrant. Parce qu’il se rallie toujours au connu, il génère des schémas répétitifs. Et quand bien même si nous le faisons à l’inverse, nous le faisons en réaction et non en totale indépendance et neutralité.

Parce que nous avons peur de nous écarter de la structure psychologique de la société, nous nous conformons pour ainsi nous rassurer et nous sentir en sécurité. Nous voulons tant éviter cet isolement qui nous fait si peur !

Identification au groupe, conformation ( © istock/francescoch )

Parce que nous avons peur de n’être rien et de perdre tout, jusqu’au sens de notre vie, nous nous soumettons à l’autorité de notre égo. Certaines personnes sont attachées à leur mélodrame car il constitue leur identité. Rester dans le connu permet d’avoir le sentiment de contrôler la situation même dans la douleur.

En fait, nous perdons notre liberté car nous avons peur de souffrir. Et tant que nous aurons peur, nous aurons besoin d’autorité quelle qu’elle soit, intérieure comme extérieure.

L’égo est incapable d’avoir une vision d’ensemble et de comprendre son environnement de façon globale. Il a besoin de tout fragmenter et de diviser. En se concentrant sur des détails, des objectifs, des choses spécifiques, il a le sentiment de tout maîtriser. Il tient à tout contrôler, son entourage, ses biens, ses identifications car il déteste tout ce qui est imprévisible. Mais cela lui fait perdre son intelligence.

L’égo belliqueux, jaloux, avide et tutti quanti

L’égo est incapable de lâcher-prise parce qu’il ne sait pas ce qu’est l’amour, il ne peut pas avoir un comportement aimant. Nous sommes incapables d’aimer lorsque nous pensons qu’à nous-mêmes et à nos propres activités.

Le processus d’identification de l’égo débouche sur un processus d’isolement et d’antagonismes. Il a besoin de conflits et d’ennemis pour renforcer le sentiment de division dont dépend son identité. Nos identifications sont source de contestations, de jugements, de condamnations et de remises en question que nous ne supportons pas. Les autres sont soit nos amis, soit nos ennemis. L’égo veut rivaliser, dominer, quitte à détruire l’autre par le jugement. Nous avons le besoin compulsif d’avoir raison et de donner tort à l’autre parce que l’ego a peur d’être anéanti. Nous pouvons devenir violent et agressif pour défendre nos identifications qui sont pourtant notre fausse identité.

Lorsque nous apprécions une chose ou une personne, nous nous y identifions : c’est ma maison, mon travail, mon bien, ma compagne… Nous voulons les garder pour nous et nous sommes prêts à les protéger, les défendre mais aussi d’attaquer et de contrôler. L’égo aime la jalousie et l’attachement car cela sous-entend de la possession, de la domination et de la comparaison.

Se définir nous enferme sur nos propres limitations et cela engendre inévitablement des conflits.

L’EMPRISE DE L’ÉGO A PERPÈTE ?

Compte tenu des effets pervers que nous subissons de la part de notre égo, nous sommes en droit de nous poser la question de savoir s’il est possible de s’en libérer. Pouvons-nous agir sans avoir recours systématiquement à nos souvenirs et sans être assujettis par la peur ? Sommes-nous capables de vivre, sans nous définir, sans nous identifier, sans tirer de conclusions ?

L’observation

Il s’agit de ne pas nous fuir mais d’être présent à nous en pleine conscience, observateur de ses pensées et de ses émotions :

  • Pourquoi je pense ainsi ?
  • Quelle est ma motivation ?
  • Suis-je en train de reproduire de vieux schémas ?

L’observation est la non-action de se comprendre dans le moment présent et non la réaction assujettie à nos conditionnements. Elle permet de changer ce qui est observé. Nos perceptions sont neuves parce que nous ne faisons pas appel à notre mémoire, nos sentiments, nos émotions et nos réactions instinctives.
Tout est attention et sensibilité.

Attention, il ne s’agit pas de mettre une distance entre nous-mêmes (observateur) et ce que l’on observe (observé). Auquel cas nous ne pouvons pas être dans la compréhension, nous ne pouvons pas nous rencontrer. Nous sommes la pensée, le sentiment, la réaction et l’émotion.

La pleine conscience

La pleine conscience est libre de tout jugement, condamnation, approbation, reproche, de toute influence intérieure comme extérieure, de toute identification, de tout préjugé et de toute opinion. Il n’y a pas de facteur de division. De ce fait, nous ne nous faisons pas illusionner par notre égo. Nous nous transcendons. La connaissance de soi et sa compréhension sont fondamentales pour être en contact direct avec les autres et son environnement. De vraies expériences nouvelles peuvent se découvrir parce que nous n’excluons pas ni n’orientons pas en fonction de valeurs fausses créées par l’égo, les identifications.

Le sens de l’identité vient de l’intérieur, en profondeur.

La pleine conscience ou insight se fait de façon spontanée et authentique, dans le moment présent sans objectif prédéterminé en vue d’un résultat, sans volonté ni habitudes. Parce que vouloir devenir présuppose une graine d’égo, une affirmation de soi, une résistance par le désir de se développer. Ce désir d’acquérir empêche la connaissance de soi par la compréhension. Il n’y a pas non plus à chercher à faire évoluer le “moi” car cela reste encore une enflure de l’égo. Non il n’est pas question de l’éradiquer mais de se transformer en s’en libérant. La pensée fait partie de la conscience mais celle-ci n’a pas besoin de pensée pour exister : faire le vide mental dans le moment présent.

Le reset

Nous avons à mourir de tous nos conditionnements :

  • La non-intervention de la pensée qui naît de l’expérience du passé.
  • La découverte par nous-mêmes sans méthode pour obtenir un résultat.
  • L’affranchissement de son schéma personnel autocentré.
  • La non provocation aux conflits, le non désir de convaincre.
  • La libération de la peur.
  • Le renoncement à ses propres films.
  • La présence dans le moment présent sans faire des allers-retours dans le passé et un futur inexistant.
  • Le détachement de nos identifications et ne pas avoir besoin de notre passé et pour assumer notre identité.
Reset de l'égo, 1-Je de construction ou de destruction ?
Esprit neuf sans identification ( © istock/francescoch )

Il est nécessaire d’entrer en contact avec tout ce qui nous entoure avec un esprit neuf et dynamique afin de pouvoir faire des expériences nouvelles qui vont réellement nous nourrir à l’intérieur.

L’ÉGO N’EST PAS AMOUR NI PAIX

Toute souffrance émane de l’égo parce que l’égo est la source de nos problèmes.

L’égo, un escroc

Nous cherchons à nous combler par l’extérieur alors que nous ferions mieux de nous inspirer pour le faire de l’intérieur. Lorsque l’égo prend le contrôle de notre vie, qu’il devient dominateur sur chaque instant de notre vie quotidienne, nous attribuons la richesse en fonction du statut social et du statut professionnel. L’égo aime le superficiel et la comparaison, l’envie et la possession, la jalousie et le contrôle, la cupidité et l’avidité. Mais il crée de fausses valeurs qui n’arriveront jamais à nous nourrir. C’est la raison pour laquelle nous ne sommes jamais satisfaits et que nous en voulons toujours plus : nous sommes le “Désir + XXL”.

L’égo n’est pas aimant parce qu’il est animé uniquement par des activités autocentrées. Chaque action a un motif pour soi de façon consciente ou inconsciente. L’égo se complait dans les conflits du plus petit niveau (avec son compagnon, sa famille, son voisin…) au plus grand (entre les croyances, les pays…).

L’égo, un surconsommateur

Parce que nous vivons généralement en fonction de notre passé et de nos conditionnements, nous vivons comme des zombies. Nous sommes mécaniques et automatiques. Nous reproduisons des schémas stéréotypés puisque nous avons abandonné notre liberté d’être au profit des identifications. Les structures psychologique, morale et économique de notre société sont les résultats de notre quête insatiable de plaisirs. Reconnaissons que notre société de consommation a bien fait le tour de la question. L’égo est le pourvoyeur principal de son économie. Elle est devenue hyper puissante.

  • Voulons-nous être prévisibles ?
  • Désirons-nous être quantifiables ?
  • Ou souhaitons-nous être libre d’être nous-mêmes en toute indépendance dans notre véritable nature pour trouver enfin la paix intérieure ?
Gagner sa liberté en prenant du recul dans la pleine conscience ( © istock/francescoch )

En se détachant de notre égo, nous ne rentrons plus dans les différentes études, analyses et statistiques sociologiques. Nous ne sommes plus quantité mesurable et chiffrable à des desseins mercantiles et politiques. Libérons-nous de tout contrôle et de toute systématisation. Ne soyons plus le rouage financier et commercial d’un système qui nous méprise. Il est question de reprendre son vrai pouvoir.

L’égo et la structure psychologique de la société veulent nous faire croire que nous sommes tous différents, tous uniques alors que nous fonctionnons tous de la même façon. Seuls les mobiles changent.

Nous avons l’illusion d’avoir notre libre-arbitre pour faire nos propres choix. Que nenni ! C’est sans compter nos identifications et nos conditionnements. Au nom de la liberté individuelle, tout est possible, peu importe les implications désastreuses que cela génère. L’ouroboros de l’égo nous maintient dans une quête effrénée de plaisirs/souffrances.

L’égo dans le mal être

Il ne s’agit pas de vivre de façon austère et de supprimer les plaisirs mais d’en oublier les motifs et les identifications qui sont à l’origine de tous nos désirs et de toutes nos démesures.

Interrogeons-nous sur les conséquences de la surconsommation dont nous avons chacun notre part de responsabilité. Pouvons-nous en prendre réellement conscience ?

Nous vivons dans une société que nous avons créée à notre image, factice, construite sur les bases de notre égo. Notre société encourage le renforcement et le super contrôle de l’égo. Personne ne veut la remettre en cause. Pourquoi ? Parce que nous avons peur de l’inconnu. Parce que nous nous satisfaisons de notre confort et de notre sécurité, même si cela est illusoire. Nous sommes incapables de créer autre chose que ce que nous connaissons déjà. Mais si nous nous détachons de cette peur qui nous paralyse, nous pouvons changer de regard et reprendre notre pouvoir créateur. Nous n’avons rien à perdre mais tout à gagner dans nos relations aux autres.

  • Gagner la paix n’est pas un idéal.
  • Créer une économie respectueuse de la vie et de la planète est possible.
  • Parce que l’être humain est plus important que l’individu.

NOUS SOMMES TOUS ÉGAUX
SANS ÉGO
Ne l’oublions pas !



Confidence pour confidence

#De la morale

La morale issue de croyances religieuses et bourgeoises a profondément marqué depuis des siècles la structure psychologique de la société. Elle a diabolisé des comportements en jugeant les personnes en bien et en mal. La morale a imposé des règles à suivre qui perdurent encore de nos jours.

Le diktat des normes et des valeurs n’amènent pas la compréhension, ni la connaissance de soi. Par conséquent, cela crée des résistances et inévitablement des conflits tant intérieurs qu’extérieurs. Naissent des incompréhensions et des clivages.

Cette morale n’est pas bienveillante car elle exige une soumission sans sommation à un type de comportement. La morale n’est ni amour ni bienveillance. Elle est immorale. Parce qu’il s’agit plutôt de comprendre, pas de culpabiliser ou de sanctionner par un jugement définitif.

La morale s’approprie la notion de valeurs basées sur une loi binaire. Et là, c’est une erreur. Lorsque nous sommes dans la pleine conscience, en remettant à sa juste place notre égo, il n’y a plus de plus et de moins, de supérieur et d’inférieur. Les valeurs n’existent plus. Juste la vérité qui n’est pas à défendre. Celle de l’unité dans l’acceptation de soi et l’amour universel.

#Faux-semblants

L’égoïste désigne une personne qui ne pense qu’à elle et à ses propres intérêts. Il est généralement opposé à la personne généreuse. La personne se laisse dominer par son égo, par peur, en dépit de la morale. C’est un choix sans l’être. Parce qu’il est bon d’aller chercher ce qui se cache derrière une telle attitude. Personne n’est ni gentil ni méchant.

A l’opposé, certaines personnes sont dans le sacrifice :

  • par manque d’amour, carence affective, dépendance,
  • par pur besoin de reconnaissance,
  • par devoir (conditionnement familial et sociétal),
  • pour donner un sens à leur vie,

pour compenser un mal-être, une souffrance consciente ou inconsciente.

Ces deux types d’attitude sont l’expression de l’égo dont les personnes ne se sont pas affranchies. L’un donnera une image positive, l’autre négative selon la morale. Pourtant, aucune n’est dans l’équilibre et dans l’indépendance. Leur action n’est pas un libre choix.

Alors ne tirons pas de conclusions pour juger et ne condamnons pas.

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